Récemment, au milieu d’une discussion, pourtant agréable et chaleureuse, ma mère m’a lancé cette expression « que t’es sotte!», face à une situation où j’exprimais mon regret de ne pas avoir osé faire quelque chose en public.
Lorsque je lui ai fait remarquer la colère que j’ai ressenti en recevant cette insulte, qui plus est, par ma propre mère, elle est restée interloquée. Elle s’est empressée de s'excuser en m’avançant que c’était au contraire pour elle une expression affectueuse, qu’on se dit « entre femmes », dans les campagnes.
Et là, j’ai compris. Et j’ai pardonné à ma mère par la même occasion. J’ai entendu toute la colère de mes ancêtres femmes remonter. De ma grand-mère, de mon arrière-grand-mère et toutes celles d’avant. De celles qui se sont fait bafouer, écraser, maltraiter, abuser, dans le travail, la sexualité, les relations sociales, et amicales. De celles qui se sont démenées, sous les ordres de leur père puis de leur époux, à toujours faire plus, à accepter l’inacceptable. Par cette expression, qui semble anodine, de mère en fille, cette croyance que les femmes étaient inférieures et dignes de subir la domination masculine s’était transmise. Que parce qu’elles portaient le « sexe faible », elles ne seront jamais « assez ».
J’ai aussi compris que ma mère était elle-même victime de cette mémoire transgénérationnelle. Cette phrase, en fait tout sauf bienveillante, qui détruit tout esprit de sororité, si essentiel entre nous, les femmes, qui lui semblait anodine, voire familière, qu’elle a répété, du fait de l’avoir elle-même reçue, n’est ni plus ni moins qu’un héritage familial, transgénérationnel. J’ai donc arrêté de lui en vouloir de m’avoir insultée 💜.
Sortant d’un burn-out résultant d’un comportement où j’essayais toujours plus de faire mes preuves, de chercher la reconnaissance extérieure, ou d’entendre cette fameuse expression « je suis fière de toi ma fille », cette phrase a résonné dans mon cœur comme un gong. Je pense donc à toutes mes ancêtres : non, je ne laisserai plus mon sexe se faire insulter, se faire rabaisser, tant par nos consœurs que par les hommes. Non, ma fille ne recevra jamais cette phrase de ma propre bouche ou de celle de sa grand-mère. Mais surtout, moi non plus, je ne chercherai plus à dominer, à avoir le dernier mot.
Et j’ai aussi rappelé ma mère le soir pour lui expliquer qu’elle était elle-même victime de cet héritage familial, et qu’elle a le droit de se considérer, tout simplement 💜.
Maintenant, je sais que se mettre en sécurité, en tant que femme, ne passe plus nécessairement par chercher à dominer, à écraser, à avoir le dernier mot, mais simplement à ressentir et identifier son besoin, pour clairement l’exprimer et poser ses limites, à la fois dans la douceur et l'ouverture à l'autre. Se parler de cœur à cœur 💜. J’ose assumer ma vulnérabilité et ma fragilité, qui sont en réalité mes plus beaux trésors.
Parfois, même sous couvert de bienveillance, nos ancêtres nous transmettent des mécanismes limitants, pour s’en sortir par rapport à des difficultés qu’ils ont rencontrées 💜.
J'envoie ainsi ce message à toutes mes grand-mères qu'elles n'ont plus à avoir peur 💜. Et pour ma part, j'accueille mes peurs, pour ne plus me fuir, ni fuir les autres.
En séance, avec ma guidance, je vous accompagne à lever les mémoires limitantes, héritées du passé, pour pleinement Etre.